Sypholin, ou l'égaré des lumières. Stance 1
D'cidement la chance peut être encore p'us pourrie que l'temps. Un temps déjà guère brillant en cette fin de mars où les pierres eurent gelé si cela eût été possible. C'est à peu près ce que ruminait Sypholin après avoir constaté la disparition de son carton moelleux et si tendrement chéri. Un carton immense et confortable avec de belles agrafes rouillées mais solides. Un carton qui avait abrité un congélateur Schob avant d'accueillir Sypholin. Et bien oui, Sypholin est un coureur des rues, un aventurier du caniveau amoureux du ruisseau. Un clochard quoi ! Engoncé dans un pardessus miteux et rapiécé au petit bonheur de bric et de broc, il traîne des godillots où ses arpions respirent l'air, libres, derrière le Parc des Lices. C'est son deux pièces-loggia avec vue sur la verdure. D'ordinaire Sypholin sur le coup des dix heures rentre tranquille dans son buisson pour se calfeutrer dans le refuge douillet de son carton Schob. Carton qui ce soir a disparu, laissant Sypholin sans couverture chaufée à la vapeur de la Treille Joyeuse, seul luxe de notre Sypholin. Un Sypho qui était peut être beaucoup de choses ou pas grand chose, c'est selon. Mais qui était tout sauf alcoolique, ce en quoi il se démarquait de la plus part de ses collègues de virée. C'est sa plus grande fierté et la seule d'ailleurs, il faut bien un point de repère lorsqu'on a tout perdu et que le regard des autres vous mouille d'une saleté qu'uacun savon de Marseille ou d'ailleurs ne saurait enlever. La fierté, elle tient chaud le long des soirées d'hiver. Le carton envolé, si il ne veut pas mourir totalement congelé des orteils au lobe de l'oreille façon Yéti, il lui faut donc se mettre en quête bon grè - mal grè d'un autre carton où pouvoir sommeiller. Et ça c'est désespérant pour lui, car un carton taille XXL cela ne court pas les rues au mitan de la nuit, ni même les poubelles.
" D'cidement la chance est pourrien c'que j'frai pour ne s'rait qu'un morceau d' bicoque en dur...", se répétait Sypholin qui, transi, il allait hagard le long des encoignures de porches à la recherche d'un carton perdu. Bientôt deux heures et toujours rien, pas le moindre carton ni sac poubelle. A croire qu'en cette période de recession personne ne jette plus rien. ( Ndt : Sypholin a malheureusement un langage déplorable et une fâcheuse tendance à snober la syntaxe )
"D'Dieu d'bordel de merde, cul de veau, d'charette à bras et pompe à merde ! J'vais quand même pas crever là, tout seul comme un cancrelat. Jésus par pitiè j' pas mérité ça. Après tout j'ai pas truandé ni saigné personne ! Quoi qu'si ça continue le prochain qui radine sa fraise, ma pomme s'en va t'le dépouiller total, du slip à la chaussette et tant pis pour sa gueule. "
Et ça, cela tournait dans la tête de Sypholin, ça gambergeait sec. Mais même si il avait voulu se recycler façon Clyde sans Bonnie, il n'avait pas le courage bien flambant d'ordinaire, alors à moitié bâtonnet Ilgoo pas encore passé au micro-ondes, il aurait même pas pu sauter sur le râble du pékin moyen ni s'enfuir style souris du Texas.
C'est alors qu'il le vit dans un tas d'ordures flambant neuf, encore sous garanti et tout et tout. On peu b'n allait jeter un coup de mirettes qu'y s' dit le Sypho. Au point ou j'en suis...